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Cela fait un moment que je n’ai pas écrit dans mon blog. Ce n’est ni une prise de distance ni un abandon, mais un silence dû à un éloignement de quelques semaines.
Quelques semaines au Brésil où je donnais des conférences et des cours sur la télévision. La question que l’on me pose toujours évidemment, quand je suis interviewé, est de savoir ce qui me frappe dans cette télévision et quelles différences je vois avec la télévision française. Il faut beaucoup d’aplomb pour répondre en quelques mots à une interrogation aussi massive, surtout quand on n’est pas lusophone, ou si peu. Mais il faut bien se livrer à cet exercice…
À ce que j’écrivais dans ce blog l’année dernière, j’ajouterai quelques observations.
Campagne électorale et télévision.
La campagne des présidentielles a commencé début septembre. Les émissions pour celle-ci se répartissent en deux catégories : la campagne « gratuite » et la publicité politique. La campagne gratuite est surprenante pour nous. D’abord parce qu’elle est retransmise en même temps sur toutes les chaînes (j’en ai compté 17 sur 24). Elle interrompt de façon abrupte tout autre programme. C’est un peu dur pour le spectateur d’une telenovela qui se trouve brutalement sevrer de son récit sans savoir quand il le retrouvera. Vous pensez qu’on y voit, comme chez nous, les candidats les uns après les autres… Pas tout à fait, ce qui est commun à chacun, c’est la durée de « l’écran », mais certains, faute d’argent, ne peuvent le remplir. Et, dans ce cas, l’écran reste bleu, le temps que le candidat aurait dû occuper par des images…
Autres supports de campagne : les spots publicitaires. Le président de la République s’y voit attaqué par des caricatures ou par… ses propres mots qui lui sont renvoyés, avant de se faire traiter (ou presque) de menteur. Plus que le contenu ici, ce qui fait sens – mais comment ? – c’est le rapprochement de la campagne gratuite et des spots payés. D’autant qu’un troisième programme se rajoute à cette construction du sens : Brasil urgente, dans lequel on voit les conséquences du manque de sécurité : crimes, attaques de banques, brutalités s’y enchaînent à un rythme d’enfer. Les images s’accumulent par juxtaposition sans aucune contextualisation des informations. Que se passe-t-il dans la tête de celui qui rapprochent toutes ces sources ? Imaginez un discours de Sarkozy après une émission qui entend démontrer l’insécurité ! Lors de la dernière présidentielle, un simple reportage sur un vieillard battu a bien servi Le Pen…alors une émission entière…
Publicité et programme
On sait que les telenovelas sont infiltrées de nombreuses publicités que l’on aurait appelées en d’autre temps « clandestines » et qui sont plutôt aujourd’hui ce qu’on appelle du « placement de produits ». Les personnages sont mis dans des situations narratives dans lesquelles il sont amenés à mettre en valeur tel ou tel produit. Parfois, c’est discret, parfois la partition de l’écran y insiste : ainsi, on verra une jeune femme interroger une amie sur la blancheur de son chemisier et l’écran se séparer en trois parties : dans l’une d’elles, on voit de plus près le geste de la femme et l’emphase se trouve mise sur le produit…
Le téléspectateur français hurle d’effroi. Mais est-on sûr que le spectateur brésilien ait la même publiphobie que lui ? On peut en douter quand on voit certaines émissions. Tel ce programme du dimanche animé par un homme de 65 ans, Silvio Santos. On y voit ce jour où je le regarde, un chanteur, puis des interviews des membres de sa famille qui témoignent sur lui. PUB. Sur le côté de la scène, une étale présente aux spectateurs de l’auditorium d’où est retransmis le programme de nombreux produits de beauté. Une femme commence alors un discours publicitaire sur ces produits, comme un vrai camelot ou un bonimenteur. Apparemment cela ne gêne pas le public. Quand la présentatrice lance « E agora, o que é o melhor ? » (Alors qu’est-ce qui est le meilleur ?), toute la salle répond en chœur : SA-LON-PAS ! », le produit promotionné. Il y a quelques jours Star Academy a lancé sa première publicité en direct… Sommes-nous sur la voie brésilienne ?