2 posts tagged “audiences”
Télé 7 Jours publie les résultats d’un sondage exclusif Ipsos* qui révèle que le petit écran sera déterminant dans le choix des électeurs, et que ce phénomène encore plus important chez les jeunes.
- 55% des Français vont davantage suivre les émissions dans lesquelles les candidats interviendront, dont 64% des moins de 35 ans.
- Les prestations télévisées des candidats sont importantes pour 68% des moins de 35 ans et 74% des 18-24 ans. Ces prestations sont une aide dans le choix du vote pour 56% des moins de 35 ans et 38% des plus de 35 ans.
- Les Français tiendront compte pour décider du candidat pour lequel ils vont voter :
- Du débat télé opposant les finalistes entre les deux tours (63%). Et 31% sont prêts à modifier leur intention de vote si leur candidat préféré fait une mauvaise prestation ce jour-là.
- Des émissions de débat entre les candidats (56,5%)
- Des interventions des candidats au journal télévisé (52%)
- En revanche, 63,5% ne tiendront pas compte des spots officiels lors de la campagne
- 80% ne tiendront pas compte des émissions de divertissement où les candidats se confient.
- Les Français ont noté sur dix les prestations des candidats à la télévision :
1 - Nicolas Sarkozy : 6,4 6 - Dominique Voynet : 4,4
2 - Ségolène Royal : 6,3 6 - Marie-George Buffet : 4,4
3 - François Bayrou : 5,2 8 - Arlette Laguiller : 4,3
4 - Olivier Besancenot : 4,7 9 - Philippe de Villiers : 4,3
5 - Jean-Marie Le Pen : 4,5
- À propos des Guignols, 50% des Français pensent que l’émission a une influence importante sur le vote, avis partagé par 65% des moins de 35 ans.
Ce sondage pose quelques questions que j’ai développées durant mon passage dans l’émission de Jean-Marc Morandini sur Direct 8, dont voici la substance.
Apparemment, il contient au moins une bonne nouvelle : les jeunes (les moins de 35 ans) se repolitiseraient.
Mais, comme dans beaucoup de sondages concernant la télévision, on peut craindre que ces réponses tracent plutôt le portrait-robot de ce que les gens souhaiteraient être plus qu’elles ne décrivent des comportements effectifs… On sait que, à chaque fois que l’on demande aux « gens » ce qu’ils souhaiteraient voir à la télévision, ils répondent « des documentaires en prime-time ». Et dès qu’on en programme… ils ne les regardent pas.
Selon ce principe, on peut avoir un peu de doute quand ils affirment qu’ils vont voter en fonction des débats qu’ils auront visionnés et qu’ils ne tiendront pas compte des divertissements où les candidats se produisent : durant les récentes primaires des socialistes, les débats ont souvent été jugés ennuyeux… Et, depuis quelques jours, la plaisanterie de Montebourg sur François Hollande, dans une émission de divertissement (Le Grand Journal), fait la une de tous les journaux… Je ne crois pas à cette image idéale que les téléspectateurs se font d’eux-mêmes : ils aimeraient être sérieux et suivre en toute objectivité la campagne, mais la réalité montre tout le contraire : les débats sérieux sont fuis par les téléspectateurs et les talk shows n’intéressent que si les hommes politiques se « lâchent ».
Cette contradiction – ou ce manque de lucidité sur soi-même – est aussi visible dans les réponses sur les Guignols : 50% des Français pensent qu’ils ont une influence importante sur le vote… N’est-ce pas contradictoire avec le fait que 80% ne vont pas tenir compte des divertissements dans leur choix ? Je crois plutôt que c’est très révélateur de l’attitude que nous avons par rapport à la télé : nous pensons toujours qu’elle influence les autres, mais pas nous… Les « autres » sont influencés par les Guignols, mais nous, nous ne jugeons qu’en fonction des débats sérieux !
Il est une chose que ce sondage ne mesure pas et qui, à mon sens, est bien plus importante : l’influence des sympathisants des candidats sur le vote. Face aux politiques, le téléspectateur est dans une attitude de méfiance : dès qu’un candidat parle, il est écouté avec circonspection. La preuve en est que 63,5% ne tiendront pas compte des spots officiels de la campagne pour se faire un avis… suivant en cela le mouvement profond de notre société qui préfère l’information officieuse, comme celle des blogs… Est-ce que cela ne signifie pas aussi que, finalement, les décisions se prennent sur la sympathie que nous éprouvons pour les candidats plus que sur leurs propos ou leurs raisonnements ? Je le pense. Du coup, ceux qui sont aimés pour autre chose que la politique, les artistes, les animateurs, risquent d’influencer en raison de leur capital de sympathie. C’est la raison pour laquelle j’ai demandé qu’on compte le temps de Steevy dans la campagne de Sarkozy.
La publication des 100 meilleurs audiences de 2005 est un document extrêmement instructif pour comprendre les tendances de la réception télévisuelle. Elle permet, en effet, de remettre en cause certaines représentations que nous en avons, à commencer par la vulgate selon laquelle la télé d’aujourd’hui serait dominée par la télé-réalité.
Première réflexion : la plus haute d’audience – pas la « part d’audience », l’audience, c’est-à-dire le nombre de gens de 4 et + qui ont regardé la télévision – est de 13,3%, c’est-à-dire 24% de la population.
La première audience est réalisée par un match de football : France-Chypre. 50 JT ont dépassé 10 millions de personnes, ce qui les placerait dans la fourchette occupée actuellement par les 15 premières audiences : ce qui confirme que la télévision reste le moyen d’information privilégié (j’y reviendrai).
La première émission de télé-réalité n’est placée qu’en 67e place : Mon incroyable fiancé. Encore faut-il préciser que TF1 ne classe pas du tout cette émission sous la bannière « télé-réalité », mais sous celle de « jeu ». Une fois de plus, on peut faire la différence entre les promesses médiatiques d’une chaîne quant à ses émissions, et la catégorisation stratégique du point de vue de la programmation.
À l’opposé, les grands succès de la chaîne viennent de la fiction. Pas n’importe quelle fiction ; la fiction télévisuelle. On constate qu’il n’y a que 15 films de cinéma seulement dans les 100 premiers dont le Dîner de cons, qui était 1er l’année dernière et qui est 9e cette année. C’est le feuilleton de prestige Dolmen, qui a le plus grand poids, puisqu’il se trouve Dolmen aux 2e, 4e, 5e, 6e, 7e, 10e places. De la même façon, les séries Julie Lescaut, Une Femme d’honneur, Les Cordier occupent 15 places parmi les cinquante premières.
Concernant la télé-réalité, il faut souligner ceci : la plus grande audience est réalisé par Mon incroyable fiancé, qui n’a plus rien à voir avec ce que fut la première télé-réalité, fondée sur l’observation de la vie des gens. Ici, tout est scénarisé, faux, et basé sur le mensonge : rien dans cette émission ne motive l’étiquette télé-réalité, comme ‘latteste le fait que TF1 classe cette émission dans les jeux. En ce qui concerne les jeux et les divertissements, ce sont ceux qui mettent en scène des « célébrités » - « Les enfoirés jouent le jeu », Qui veut gagner des millions « Spécial couples célèbres » - qui entrent dans ce palmarès. Il s’en faut de beaucoup que les anonymes fassent de l’audience… Encore une idée fausse.