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L'analyste de la télévision que je suis se trouve débordé par la télévision même.
Comment rendre compte de l'accession au pouvoir du candidat Sarkozy? Il ne se passe pas une heure, en effet, sans que le nouveau président sorte de son pré carré pour se montrer. Il pourrait courrir dans le parc de l'Elysée ou dans le fort de Bregançon. Mais non: il faut qu'on le voie.
Depuis plusieurs années, telle a été la stratégie de Sarkozy: être sur les écrans pour n'importe quel motif. Stratégie qui avait payé pour Berlusconi (quand on allait en Italie et qu'on ouvrait la télé par hasard, on tombait toujours sur lui) et qui a payé pour lui. Va t-on le suivre à chacun de ses jogging? Je le crains. Comme je l'ai déclaré à l'AFP, le fait qu'il ait pris des journalistes autour de lui est significatif. En d'autres temps, Mitterrand s'adjoignait le conseil de philosophes (Régis Debray) ou d'historiens. Plutôt que de réagir à chaud, il fallait donner le temps au temps. Aujourd'hui, c'est tout différent, il faut réagir en "temps réel", en tenant compte des réactions épidermiques des Français (tout est mesuré, tout est sondé)... Surtout pas de vision d'avenir... Cela ne pourrait apparaitre dans cette "culture des résultats"!
Dans ces conditions, on a envie d'adresser une question aux médias: jusqu'à quand allez-vous diffuser ces images qu'on vous livre tous les jours? Vous journalistes, fiers de votre liberté, comment pouvez-vous accepter que la NSTV, la Sarkozy TV, vous livre des images et vous empêche de faire votre travail. Qu'on fasse des pools de journalistes pour retransmettre les informations en temps de guerre, soit. Et encore. Mais faut-il des journalistes "embedded" pour communiquer la vie d'un président de la république? Faites la grève à ces images, SVP!
Mon blog comprendrelatele a changé d'adresse. L'ancien site comprendrelatele.club-blog.fr n'est plus accessible.
On trouvera presque tous les anciens articles sur ce nouveau site.
Je vais bientôt le réanimer. Pour l'instant, je termine deux livres, ce qui m'empêche d'être aussi présent que je le voudrais.
Tiré de 20 minutes-
http://www.20minutes.fr/articles/2007/02/28/20070228-media-Vous-serez-informes-de-facon-instantanee.php
"Vous serez informés de façon instantanée"
La télévision est-elle morte? Quelles seront les nouvelles façons de s’informer si la grande messe du 20 heures disparaît? François Jost, professeur en sciences de l’information et de la communication à Paris-III, esquisse des pistes.
Comment voyez-vous la télévision du futur?
Dans le futur, on recevra des tas d’images de partout: des condensés d’actualité en vidéo, des montages sous forme de zapping, des reportages qui arriveront directement sur nos téléphones portables. Et comme les disques durs de nos ordinateurs augmentent, on va stocker des mois et des mois de programmes.
Face à cette pléthore de messages, on ne saura plus d’où viennent telle ou telle information. Les journalistes auront donc plus que jamais pour mission de nous dire d’où viennent ces vidéos, qui les a filmées.
Ce qui va vraiment changer, c’est la vitesse de transmission des infos. Vous serez informés où que vous soyez, de façon instantanée, via des systèmes d’alertes vous disant qu’une nouvelle actualité est disponible.
Le journal télévisé du 20 heures va-t-il mourir?
Le JT ne meurt pas, il se diversifie. Cette diversification tient à la pluralité des acteurs. On est dans une bataille de convergence entre opérateurs téléphoniques, fabricants d’ordinateurs et chaînes de télévision. Qui va gagner? On ne sait pas. Mais si j’étais un fabricant d’ordinateur, c’est certain que j’essaierai aussi de concevoir un journal d’informations.
Que pensez des nouvelles tentatives de journaux télévisés qui naissent sur le Net?
Pour l’instant, il y a deux mondes: d’un côté, les inventeurs et techniciens, comme le laboratoire américain qui a conçu «The News at Seven», et de l’autre, les médias qui sont soumis aux contraintes de la programmation. Ces deux mondes ne coïncident pas encore.
Du coup, les nouveaux formats de JT que l’on voit apparaître, qu'ils soient présentés par des femmes nues ou des personnages virtuels, semblent relever du gadget. Pour l’instant, il faut encore une identification humaine pour attirer le public. Les informations produites par des robots, cela m’étonnerait que cela marche.
Propos reccueillis par Alice Antheaume
A lire : Comprendre la télévision, de François Jost, éditions Armand Colin (collection 128).
Je serai ce soir, mardi 22 février, dans l'émission de Morandini sur Direct 8, à 20H15 Thème Y a-t-il trop de sondages sur les présidentielles?
La suspension d’Alain Duhamel de France 2 et de RTL pour avoir avoué à des étudiants de Sciences Po qu’il souhaitait voter Bayrou a été abondamment commentée. Ce qui me frappe dans beaucoup des commentaires que j’ai lus ou entendus, c’est combien ils pratiquent l’amalgame. Si je, comme je l’ai dit dans le 13 heures de France Inter le 16 février, il me paraît stupide d’écarter un journaliste du seul fait qu’il a fait connaître sa position politique, je ne pense pas que ce principe s’applique de la même façon à ceux ou celle qui vivent avec des acteurs de la vies politiques. Savoir qu’un journaliste est de gauche ou de droite permet de savoir « d’où il parle ». Cela permet aussi de pondérer ses commentaires, de leur appliquer un « coefficient de déformation ». L’auditeur ou le téléspectateur a, en l’écoutant, la possibilité de savoir qu’il dit telle ou telle chose parce qu’il a cette sympathie. On pourrait même imaginer une démocratie dans laquelle les journalistes diraient clairement de quel bord ils sont. On en finirait du même coup avec l’idée que la neutralité est possible. Je suis bien plus gêné par la question de Béatrice Schoenberg à son éditorialiste M. Leclerc : « Ségolène Royal vous a-t-elle convaincu ? », qui laisse à penser qu’il pourrait donner une réponse indépendamment de ses convictions, la même que celle qu’aurait donnée un autre éditorialiste. Béatrice Schoenberg ou Marie Drucker sont dans une tout autre situation qu’Alain Duhamel. Imagine-t-on la première interviewer son mari à la ville, M. Borloo, pour expliquer sa politique de la ville et la seconde questionner M. Baroin sur ses intentions ? Ce serait à la fois ridicule et choquant pour la démocratie, car elles se retrouveraient soudain juge et partie. Je ferai d’ailleurs remarquer qu’Anne Sinclair a arrêté 7 sur 7 quand son mari est entré au gouvernement. Laissons les journalistes avoir des convictions, demandons leur, mais refusons les conflits d’intérêts qui pourraient surgir d’une mauvaise séparation de la vie privée et de la vie public.
Je serai ce soir, mardi 13 février, dans l'émission de Morandini sur Direct 8, à 20H15 Thème Les débats politiques sans contradicteurs.
Je serai ce soir dans l'émission de Morandini sur Direct 8, à 20H. Thème Médias et poilitique, avec Xavier Couture
Toutes les chaînes ont décidé de réunir des panels de « vrais gens » pour interroger les politiques. Cela n’est guère étonnant quand on considère l’évolution de la télévision depuis plus d’une décennie : ce qui paraît le plus « vrai » aujourd’hui, ce n’est plus la pensée, l’abstraction, mais le concret, l’individu, le témoignage. Du talk-show à la réalité ce mouvement partout s’observe.
Est-ce véritablement un gain pour la démocratie ou simple démagogie ? La question n’est pas si simple car des discours politiques très contradictoires s’en réclament, de l’extrême droite, avec sa haine des élites et des experts, au PS et sa démocratie participative. Ce grand écart montre combien sont multiples les façons de se réclamer du peuple.
Celle qu’a choisie TF1, avec J’ai une question à vous poser mérite d’être examinée. Qu’a-t-on vu hier avec la prestation de Sarkozy ? Pour répondre, je ne jugerai pas l’homme politique, mais le public (une fois n’est pas coutume). On a vu se multiplier des questions centrées sur ceux qui les posaient : est-ce que vous comptez mieux rembourser les lunettes ? Que pensez-vous de la fermeture des magasins le dimanche ? Parfois, on accédait à un peu plus de généralité : comment vivre avec ma retraite de 700 euros ? Mais très généralement on en restait à l’individu.
Cela m’inspire plusieurs réflexions :
1. Ces questions ne témoignent même plus d’une « conscience de classe », d'un esprit de groupe. L'idée de collectivité est totalement absente. Chacun s’interroge sur ses petits intérêts, comme si l’interrogation politique était devenue étrangère à ces « vrais gens ». Pensent-ils que la politique est le savoir-faire appliqué au particulier ? Que devient dans cette perspective l’idée même de loi, qui vise l’universel ?
2. Pense-t-on vraiment qu’un homme ou une femme est élu président pour régler des problèmes de remboursement de lunettes ? Que devient le Parlement dans un tel cas de figure ? Où sont ces questions qui préoccupent, dit-on, les Français : l’avenir de la planète, l’écologie ? Ne souhaite-t-on pas connaître les grandes options du candidat à l’international ? S’il est capable de sauvegarder la paix ? la nature?
3. Pour le ou la responsable politique qui répond, c’est une belle affaire de communication. Il suffit de paraître à l’écoute, de prendre des airs à la Pernaut et, à l’arrivée, il sera sûr de paraître humain… Mais que juge-t-on ? une disposition ou un programme ?
En définitive, je ne suis pas sûr que les spectateurs, qui sont beaucoup plus nombreux que les 100 personnes réunies dans un hémicycle, y gagnent. L’éparpillement du particulier l’empêche d’avoir des réponses aux questions qu’il peut légitimement se poser. Entre les interrogations strictement politiciennes, « microcosmiques », des journalistes, et cette parcellarisation du politique, il me semble qu’il y a un moyen terme et que les chaînes feraient bien de le trouver.
Quant aux enseignants, dont je suis, est-ce qu’il ne devraient pas apprendre à leurs élèves que la politique doit avoir pour souci la volonté générale et non une somme de désirs particuliers ?
J'ai appelé ici même il y a quelques semaines au "boycottage" de SOS Cambriolage (voir article du 5 décembre) et j'ai dénoncé cette émission dans le Monde (15/1/07) pour les dangers qu'elle représentait pour la démocratie.
Je ne peux donc que saluer la décision rendue par le CSA aujourd'hui d'interdire cette émission en ce qu'elle "porte atteinte à l'ordre public".
Je suis actuellement au FIPA, à Biarritz, Festival internationnal des programmes audioviosuels, où j'étais invité pour un débat sur les relations de la fiction et de la réalité. Ce débat, dirigé par le documentariste blege Hugues Lepaige, mettait aussi en présence, Bernard Stora et Dutilleul, récent réalisateur du faux journal belge qui a mis en émoi la Belgique, et William Karel. Inutile de dire que face à cet aréopage de réalisateur, l'universitaire que je suis - et qui a pourtant réalisé 8 films! - faisait figure de maître d'école et était placé dans la peau du méchant. Et ça n'a pas raté, Stora s'est offusqué de cet universitaire qui avait une vision "manichéenne" de la tv. À l'écouter, le faux journal belge était une œuvre et, pour cette raison, il échappait à toute critique...
Curieux destin de ce faux journal belge... Présenté comme un journal, justement, il est à présent considéré par ses auteurs comme un film ou un docu-fiction. Et ils prétendent se situer dans la descendance du surréalisme belge! Par ailleurs, ils affichent beaucoup de mépris pour tous ces téléspectateurs qui n'ont pas su lire les codes, tout en affirmant qu'ils ont voulu provoquer un électrochoc salutaire!
On nage en pleine confusion ou, peut-être, en pleine hypocrisie. Tantôt on se place du côté de l'information - pour mettre en avant le rôle salutaire de ce mensonge télévisuel - tantôt on se place du côté de l'art pour soutenir qu'il ne fallait pas prendre au sérieux ce canular... Or, si ce faux journal a fonctionné, c'est bien qu'il avait l'allure d'un VRAI journal et qu'il était diffusé à la télévision en soirée. Il est évident que dans une salle de cinéma il perd son sens et sa fonction!
On reconnaît bien là les stratégies des diffuseurs d'aujourd'hui, qui sont prêts à adopter des stratégies mobiles pour justifier n'importe quoi. Une preuve indirecte en est d'ailleurs fournie par le fait que la RTBF, après avoir justifié ce programme et la démarche des auteurs, en a interdit la diffusion au FIPA, qu'il devait clore, tout en se défendant de faire acte de censure! Cette opération a eu pour effet de victimiser le réalisateur, qui a pu réduire le film à ses intentions et convaincre le public présent et les journalistes sans que personne ne voie le film, qu'il avait innové! La communication de Dutilleul a réussi au-delà de toute espérance: il a persuadé les plus crédules que tout JT était une fiction... À ce compte-là que faut-il dire de Stars Wars!!? Cette stratégie de sauvetage du soldat Dutilleul ne peut déboucher que sur l'amalgame du "tous pourris à la télé", qui fait le lit du populisme.
Le plus étonnant pour moi, cela a été d'entendre un réalisateur comme Bernard Stora, qui a une longue carrière derrière lui, dire qu'il ne savait pas la différence entre la fiction et la réalité. Il n'y a que de bons films et de mauvais films, selon lui. Cela fait froid dans le dos de savoir que la télé est faite par des gens qui ne savent pas ce qu'ils font.