Par François JOST
Vient de paraître :
François JOST
Le culte du banal. De Duchamp à la télé-réalité
CNRS éditions
10 euros
Et si la télé-réalité n’était qu’un ultime avatar de l’art contemporain ? Le fossé est-il si grand entre ceux qui, depuis Duchamp, font entrer des objets communs au musée ou utilisent des déchets et la « télé-poubelle » ? Entre ceux, comme Warhol, qui rêvent d’espionner le monde avec une caméra, et Loft Story ?
Pour répondre à ces questions provocantes, l’auteur s’intéresse aux artistes, écrivains, sociologues ou philosophes qui, durant le XXe siècle, ont voué un véritable culte au banal sous toutes ses formes. Et il montre comment cette valorisation de l’ordinaire et du quotidien, qui fut d’abord à la pointe de tous les combats contre les institutions en place, devient, au fil des décennies, une revendication, elle-même banale, jusqu’à se diluer finalement dans le petit écran.
Je serai dans ça vous dérange, lundi 20 août, sur France Inter de 12 à 13 heures, pour discuter de cette question Sommes-nous devenus dépendants de la télévision?
Dans mon dernier livre, L’Empire du loft (la suite), je montre que le discours de Sarkozy a su rejoindre celui que tenait la télé-réalité depuis des années : un populisme protestataire qui prétend défendre et mettre en valeur les « vraies » gens contre les élites. Tout l’art communicationnel de Sarkozy est, en effet, de rejoindre les recettes éprouvées par la télé. Sans doute pour me donner raison, il a choisi d’inviter pour sa « garden party » les « victimes » et les « héros anonymes ». Tel était bien dans les années 90 le programme des reality shows : se mettre du côté des victimes et, même, victimiser ceux qu’elle voulait magnifier. Pour aller jusqu’au bout de l’entreprise, elle avait même inventé un for mat : La Nuit de héros, où défilaient tous ces anonymes qui avait un jour eu un geste de bravoure. Sarkozy a repris l’idée avec son 14 juillet 2007. Génération Breugnot ?
Je serai chez Morandini le mercredi 11 juillet à partir de 11h15 pour parler de la télé-réalité.
Samedi 23 juin:
• interview dans Le Parisien-aujourd'hui en France sur Secret story
• interview dans Le Figaro sur Secret Story
Lundi 25 juin:
• J'ai mes sources, émission de Colombe, France Inter, 10h30-11h
À ceux qui se demandent si l'on a raison de fixer des règles aussi tâtillonnes au débat des finalistes de la présidentielle, la retransmission de la soirée électorale du premier tour des législatives a répondu à sa manière.
Lâchez les réalisateurs, enlevez leur toute contrainte et vous voyez ce que devient l'objectivité... Si le travelling est une affaire de morale, selon le mot célèbre de Rivette, les "reaction cut", improprement appelés par les médias "plans de coupe", le sont tout autant. À cet égard, le réalisateur de la soirée électorale de France 2 a montré que tous les candidats aux législatives n'étaient pas égaux devant le traitement de l'image.
La déclaration de François Hollande fut ponctuée à trois reprises par des "reaction cuts" dont je retiendrai deux : d'abord Jean-François Coppé exprimant clairement sa désapprobation par des moues et des mots que nous n'entendions pas, ensuite Dominique Strauss-Kahn: la mine réjouie du "camarade" du premier secrétaire contrastait évidemment avec la mine défaite de celui-ci... à tel point qu'il la corrigea immédiatement quand il se vit dans l'écran de contrôle, reprenant une tête de circonstance. Mais le mal était fait et il avait été saisi avec dextérité apr le réalisateur: même au PS, on se moquait de François Hollande...
Bayrou, lui, fut sèchement remis à sa place: tandis qu'il dissertait sur le manque de représentativité du scrution, le résultat du MODEM, 7,8%, dévaluait d'un coup ses propos. Quand Fillion parla, le réalisateur se ressaisit... on n'interrompt pas le Premier ministre de la France, même par un plan de coupe! Aucune réaction ne vint contrarier son discours.
En quelques plans, le réalisateur de France 2 avait montré où, désormais, se trouvait le pouvoir.... un pouvoir monolithique que rien ne saurait entamer, même pas un "reaction cut".
J'ai le plaisir de vous annoncer la sortie de mon livre L'Empire du loft (la suite), Edition La dispute, le 14 juin.
Voici la "quatrième de couverture" et une photo de la couverture.
Depuis Loft story, la télé-réalité n’a cessé d’étendre son empire. Pas un genre, pas une chaîne, pas un pays qui n’ait été touché par le phénomène. Malgré sa mort régulièrement annoncée, elle n’en finit pas d’inventer de nouveaux formats qui contaminent les autres au point que la télévision dans son ensemble tend à prendre le visage de la télé-réalité.
Dans cette nouvelle édition, François Jost, éminent analyste de la télévision, professeur à la Sorbonne Nouvelle, prolonge son propos par cette question : au-delà de l’évolution télévisuelle dont elle témoigne, de quoi la télé-réalité est-elle le symptôme ? En revenant sur sa récente histoire, il découvre qu’en valorisant constamment l’anonyme au détriment des élites, elle a accompagné les changements politiques de notre société.Depuis Loft story, la télé-réalité n’a cessé d’étendre son empire. Pas un genre, pas une chaîne, pas un pays qui n’ait été touché par le phénomène. Malgré sa mort régulièrement annoncée, elle n’en finit pas d’inventer de nouveaux formats qui contaminent les autres au point que la télévision dans son entier tend à prendre le visage de la télé-réalité.
Dans cette nouvelle édition, François Jost, éminent analyste de la télévision, professeur à la Sorbonne Nouvelle, prolonge son propos par cette question : au-delà de l’évolution télévisuelle dont elle témoigne, de quoi la télé-réalité est-elle le symptôme ? En revenant sur sa récente histoire, il découvre qu’en valorisant constamment l’anonyme au détriment des élites, elle a accompagné les changements politiques de notre société.
Comment parler de la télévision ? La récente affaire du Donor show m’inspire quelques réflexions à ce sujet…
Tout le monde a entendu parler de ce show devant mettre en scène sur la télévision hollandaise une malade en phase terminal sommée de choisir à quelle candidate elle devrait donner un de ses reins… Depuis quelques jours, en effet, tous les médias en parlent et j’ai contribué à ce tourbillon médiatique, donnant des interviews chaque jour en direct ou non…
Ce matin, à mon réveil, un message de France Info pour m’avertir de l’imposture de la BBN et d’Endemol. Petite cause, grands effets…. Que faire des 8 minutes que nous avions enregistrées pour le Retour sur info d’Ariane Bouissou et dans lequel on se demandait jusqu’où irait la télé-réalité ? L’interview n’avait plus de sens… Il fallait la refaire… Que dire de celles données en direct ?
Je m’en veux car, au fond, j’ai été victime de l’agenda médiatique et je n’ai pas su y résister. Pourtant, le soupçon du mensonge m’avait effleuré, comme en 1989, en voyant les images du faux charnier de Timisoara. Alors pourquoi je ne l’ai pas dit ? Parce qu’il est quasiment impossible de répondre à autre chose que ce qu’on vous demande. Et ce qu’on voulait entendre alors était d’une autre nature, on voulait répondre à la question des limites. « Jusqu’où ? ». Imaginons que j’aie répondu (j’y ai pensé un moment) : « on ne peut rien dire pour le moment, attendez que l’émission ait lieu » ou « ne confondez pas émission et promesse d’émission ». On aurait tout de suite été interviewer un autre spécialiste, qui, lui, se serait prêté au jeu. En sorte que, dans un tel cas, il est impossible de faire passer dans l’espace public un simple principe de précaution comme « wait and see ».
Jusqu’où ira la télé-réalité ? Elle ira jusqu’où les médias lui permettront d’aller en propageant ses promesses. Dans un monde où la multiplication des chaînes est indéfinie, la seule façon de se faire entendre est de créer un scandale. Maintenant tout le monde sait que BBN existe… Notre seule façon de résister est de ne pas parler des faits, c’est-à-dire en l’occurrence des émissions, avant qu’elles aient eu lieu.
Sarkozy avait déjà sa télé qui envoyait ses images aux autres médias (NSTV), mais cela ne lui suffisait pas... Comment inonder quotidiennement les JT de ses faits et gestes? Ce ne pouvait se faire que par une reprise en main des grands médias. D'où la nomination au poste de Directeur adjoint de TF1 l'ex-directeur de campagne de l'actuel président de la république, Laurent Solly. Enarque, cet homme ne connaît rien à l'audiovisuel, mais peu importe... Il va faire un stage de quelques jours qui lui sera suffisant pour surveiller l'information.
Sarkozy suit le mêne chemin que Berlusconi, mais à l'envers: ce dernier a réussi parce qu'il possédait tous les médias et qu'on l'y voyait tous les jours. Sarkozy a réussi à s'imposer dans tous les médias grâce à ses amitiés et maintenant il prend en mains les télés.C'est aujourd'hui le privé, ce sera demain le public. Et on laisse faire en pensant que tous les présidents de la république ont agi de la même manière. C'est faux. Personne avant Sarkozy a aussi impunément placé un de ses hommes à la tête de la plus grande chaîne européenne. Mine de rien on est en train de revenir à l'époque la moins libre de la télévision, celle de De Gaulle, où le ministre de l'information, Alain Peyrefitte, venait présenter la nouvelle formule du JT. Pompidou disait "qu'on le veuille ou non, la télévision est la voix de la France". Demain, "qu'on le veuille ou non, TF1 sera la voix de Sarkozy".
L'analyste de la télévision que je suis se trouve débordé par la télévision même.
Comment rendre compte de l'accession au pouvoir du candidat Sarkozy? Il ne se passe pas une heure, en effet, sans que le nouveau président sorte de son pré carré pour se montrer. Il pourrait courrir dans le parc de l'Elysée ou dans le fort de Bregançon. Mais non: il faut qu'on le voie.
Depuis plusieurs années, telle a été la stratégie de Sarkozy: être sur les écrans pour n'importe quel motif. Stratégie qui avait payé pour Berlusconi (quand on allait en Italie et qu'on ouvrait la télé par hasard, on tombait toujours sur lui) et qui a payé pour lui. Va t-on le suivre à chacun de ses jogging? Je le crains. Comme je l'ai déclaré à l'AFP, le fait qu'il ait pris des journalistes autour de lui est significatif. En d'autres temps, Mitterrand s'adjoignait le conseil de philosophes (Régis Debray) ou d'historiens. Plutôt que de réagir à chaud, il fallait donner le temps au temps. Aujourd'hui, c'est tout différent, il faut réagir en "temps réel", en tenant compte des réactions épidermiques des Français (tout est mesuré, tout est sondé)... Surtout pas de vision d'avenir... Cela ne pourrait apparaitre dans cette "culture des résultats"!
Dans ces conditions, on a envie d'adresser une question aux médias: jusqu'à quand allez-vous diffuser ces images qu'on vous livre tous les jours? Vous journalistes, fiers de votre liberté, comment pouvez-vous accepter que la NSTV, la Sarkozy TV, vous livre des images et vous empêche de faire votre travail. Qu'on fasse des pools de journalistes pour retransmettre les informations en temps de guerre, soit. Et encore. Mais faut-il des journalistes "embedded" pour communiquer la vie d'un président de la république? Faites la grève à ces images, SVP!