La programmation est d’abord l’articulation de la grille des programmes à la temporalité du téléspectateur. S’il fallait s’en convaincre, un séjour à la Réunion en offre un parfait contre-exemple qui confirma la règle. Dans cette île française, une chaîne publique, RFO, retransmet des programmes de France Télévision et une chaîne privée, Antenne Réunion, ceux de TF1, principalement. (C’est la même chose pour la radio, RFO retransmet France inter ou France info ; Festival, RTL).
Mais ce qui est étonnant pour le visiteur métropolitain, c’est que les émissions qu’il connaît se trouvent à des horaires tout à fait inhabituels : certaines sont, en effet, diffusées en direct, d’autres sont assignées à d’autres cases. Samedi pétantes, de S. Bern, est diffusé le lundi à 18h45 (sur Canal+), La Cible et les Zamours entre 8h50 et 9h55 sur Télé Réunion, le JT de France 2 de la mi-journée à 16h et celui de 20h à 23h (sur Tempo), tandis que celui de TF1 est diffusé à 23h10 sur Antenne Réunion. Dans ces derniers cas, le décalage est une résultante mécanique du décalage horaire, mais il n’en provoque pas moins une autre réception qu’en métropole.
Certains glissements de cases horaires ont peu de portée : voir Samedi pétantes le lundi, à peu près à la même heure ne change pas grand-chose, à ceci près que le samedi est traditionnellement en France un moment de divertissement ce que n’est pas le lundi à la Réunion (passons sur le fait que le titre de l’émission devient assez incompréhensible !). Le déplacement des Zamours incite à s’interroger : si l’émission s’adresse en France aux femmes à la maison qui « révisent » leur couple et s’interrogent sur la connaissance de leur propre conjoint, l’horaire matinale est-il propice à un tel retour réflexif à la Réunion ? Je ne saurais le dire, mais cela serait à voir. Une chose est sûre en tout cas, le lieu commun de la « grand-messe de 20 heures » en prend un sacré coup ! Le JT ne s’aligne plus sur les heures des repas (on ne mange pas spécialement tard à la Réunion) ; il est découplé de cet acte de réunion familiale, alors même qu’il est souvent pensé par les journalistes français en fonction de son heure de programmation. Le plus frappant est en fait la diffusion le matin, sur Tempo, de Télématin… Compte tenu du décalage horaire de trois heures entre La Réunion et Paris, l’émission est diffusée entre 9h30 et 11h30 du matin, alors qu’elle se termine dans la capitale à 8h30. Imaginez combien il est étrange de voir tout ce décor de tasses, de confitures, de petit-déjeuner au moment où il faut plutôt penser à préparer le déjeuner !
Ces changements de cases horaires des programmes me font penser au Don Quichotte de Ménard : Borgès imagine que le roman de Cervantès réécrit mot pour mot aujourd’hui serait différent du seul fait que le contexte culturel a changé en quelques siècles et que ce changement, en retour change le texte. Ainsi en va-t-il de la télévision, même quand les mêmes programmes passent d’un bout à l’autre de la planète, ils sont différents simplement parce que leur appropriation culturelle les transforme.
« - Nous avons donc découvert, apparemment, que la foule d'idées que la foule se fait sur le beau et sur le reste voltige en quelque sorte entre ce qui n'est pas et ce qui est purement et simplement.
- Oui, c'est ce que nous avons découvert.
- Or nous étions préalablement tombés d'accord que si quelque chose de tel apparaissait, il faudrait que ce soit nommé objet d'une opinion, non d'une connaissance, ce qui erre dans l'entre-deux étant appréhendé par la capacité qui est entre-deux.
- Oui, nous en étions tombés d'accord.
- Par conséquent ceux qui regardent les nombreuses choses belles mais ne savent pas voir le beau lui-même, et ne sont pas capables de suivre quelqu'un d'autre qui les mène jusqu'à lui ; et les nombreuses choses justes, mais pas le juste lui-même, et de la même façon pour tout le reste, nous dirons qu'ils opinent sur toutes choses, mais qu'ils ne connaissent aucune des choses sur lesquelles ils opinent.
- Oui, nécessairement, dit-il. »
Platon, La République, Livre V, 479 d-e
L'hypothèse de l'exemplarité de la violence fournie par la télévision et de ses effets sur les jeunes doit être jaugée en fonction d'une autre donnée.
Contrairement à ce qu'on croit parfois, les "jeunes", autour de 20 ans du moins, regardent assez peu la télé. Les statistiques montrent qu'ils sont très en-dessous de la moyenne d'écoute des Français en général. Le média privilégié d'information n'est plus du tout le petit écran, comme le pensent les générations suivantes pour qui il reste évidemment la référence (ou le devient en vieillissant). Du même coup, on peut se demander comment la télé agit sur une population qui la regarde peu!
Dans ce débat, il semble que l'on ait du mal à sortir du vieux schéma adornien de la relation verticale du média à la population (à laquelle on doit l'appellation "mass média"), pour penser les modifications qu'impose la société de réseau. Les jeunes s'informent beaucoup mois par le JT, qui établit un relation descendante entre le journaliste et le récepteur, que par des contacts directs entre eux, par SMS ou par ordinateur. Il suffit de voir comment circulent les appels à émeutes pour s'en convainvre. Les informations concernant les "performances" d'un quartier par rapport à un autre passent de bouche à oreille ou de la main à l'œil sans avoir besoin d'être médiatisé par les sources officielles.
Les médias doivent-ils informer quotidiennement les citoyens du nombre de voitures brûlées dans les banlieues ? Sur ce point, les avis divergent. France Télévision a pris le parti de ne plus donner de chiffres (recourant à des périphrases : « plus qu’hier … »… moins que demain ? a-t-on envie d’ajouter), Jean-Pierre Pernaut, lui, tient les comptes à la voitures près.
Qui a raison ? Ce type de débat me fait penser aux discussions de Socrate et de ses disciples. À celui qui définit l’action violente, le philosophe oppose qu’avant de la définir, il faudrait déjà savoir ce qu’est la violence de même qu’avant de définir l’action juste, il faut savoir ce qu’est la justice. De même, aujourd’hui, avant d’affirmer que les médias encouragent la violence des banlieues, il faudrait déjà être capable de cerner l’influence les médias sur nos opinions personnelles en général. Car, après tout, si les télévisions donnent un mauvais exemple que les jeunes s’efforcent d’imiter, en va-t-il autrement quand ils nous montrent l’état du monde en général ? Voir la guerre encourage-t-il à la faire ? Contempler la pauvreté incite-t-il à la révolte ? Savoir qu’un homme politique monte dans les sondages incite-t-il à voter pour lui ?
Il me semble, en l’occurrence, qu’on imagine la relation des jeunes à la télé sur le modèle de Star Academy. Je veux bien admettre que, à l’heure actuelle, chacun recherche son quart d’heure de célébrité, et que voir des chanteurs en herbe réussir très vite incite des foules d’adolescents à se précipiter vers TF1, mais, il me paraît simpliste de penser que les images de banlieues en feu aient valeur d’exemple à suivre ou qu’elles donnent des idées. Bien sûr, ce serait rassurant de penser que la violence des images crée la violence. Il suffirait de contrôler les médias pour que tout s’arrête peu à peu…
Que la violence à la télévision pousse à la violence dans la vie est une idée qu’a avancée le rapport Kriegel, mais elle n’est fondée sur aucune étude convaincante. C’est une idée rassurante, qui minimise les véritables causes, qui sont dans la violence du monde et non dans celle de l’image.
Une fois de plus se pose avec urgence la nécessité d’une réflexion et d’une enquête sérieuse sur la relation des médias à notre réalité.
Porto Alegre -. Il est plusieurs façons d’envisager la relation d’une télévision à sa culture. L’une des méthodes à la mode, à l’époque de la mondialisation, est de s’échanger des programmes et de les comparer en fonction de grilles savantes. Je te donne mon Familia Feud contre Une famille en or, mon Big Brother contre ton Loft Story… Pourtant, si ces comparaisons excitent les méninges, elles sont en général décevantes et débouchent sur des banalités : l’animateur brésilien est plus expansif que son homologue français ou les Brésiliennes dans les émissions de variétés plus déshabillées que les Françaises. Tant de distance entre deux pays pour si peu de différences…
À ces exercices d’entomologiste, je préfère quant à moi une autre méthode. Quand j’arrive dans un pays étranger, je zappe jusqu’au moment où je rencontre une émission qui me soit réellement étrangère, non simplement parce que je ne parle pas la langue, non parce qu’elle traite les codes du spectacle autrement que chez moi, mais parce que je ne vois rien qui, dans mon univers familier, y ressemble. C’est la raison pour laquelle, chaque fois que j’arrive au Brésil, ce qui me fascine par-dessus tout, et apparemment bien plus que mes amis brésiliens, ce sont les émissions religieuses. Je ne parle pas de ces « grands messes » où un prédicateur vient soulever les foules - les nuits télévisuelles en sont pleines au Brésil -, non je parle de ces émissions qui ne ressemblent en rien aux émissions religieuses que nous connaissons et qui le sont pourtant beaucoup plus profondément.
Au premier abord, vous croyez tomber sur une telenovela de plus : une femme dans un appartement passe de pièce en pièce. Elle semble mal. Elle a mal à la tête, nous dit-on, elle est nerveuse. Pas très passionnant. Mais, bientôt, ce que vous aviez pris pour une scène de télé-réalité change brusquement de statut. Cette femme, nous dit-on, est mal parce qu’elle est possédée. Pour s’en sortir, une seule chose à faire contacter au plus vite l’Igregia del templo mayor… Des défilants vous indiquent des numéros de téléphone et l’adresse la plus proche. Cette émission, qui s’appelle Coisas Reais (Choses réelles) n’est qu’un exemple parmi d’autres. En voici un, saisi au hasard le 14 octobre, sur la chaîne Band : l’écran est coupé en deux ; d’un côté, un pasteur,en costume cravate, de l’autre, une femme de profil, éclairée par un violent contre-jour qui la nimbe de lumière, de façon mystique : c’est une femme qui a été habitée par l’esprit d’une autre personne « ex-mae aos encostos ».
Si l’expression « confession télévisuelle » est souvent galvaudée, elle prend ici tout son sens. À ceci près que l’église télévisuelle promet une réparation rapide de ces situations paroxystique. Ce même jour l’émission appelle à des @@« sessao do descarego com a rosa ungida…(= des sessions de délivrance avec une rose ointe), qui vont elles aussi délivrer ceux qui souffrent de tous les maux : « si on a une malédiction financière familiale, l’église en délivrera…
Pour convaincre, tous les moyens sont bons, mais tous sont d’abord télévisuels : des « clips », des interviews avec envoyés spéciaux en direct de « témoins » qui viennent témoigner de leurs délivrance, des reportages sur des désenvoûtements en public (le possédé est flouté avec une sorte d’aura)... On peut même envoyer son nom à l’émission et le pasteur en studio le mettra au pied d’une grande croix, entourée des drapeaux brésiliens et de l’état du Rio del sul.
Ce qui force évidemment la conviction du spectateur, c’est que l’image est par essence affirmative. Elle actualise ce qu’elle montre. Comment mettre en doute ce que l’on voit ? La croyance se fait télé-réalité… Pour s’opposer à de telles affirmations, un savoir sur l’image est nécessaire et, bien sûr, le public auquel s’adresse ces émissions ne le possède pas.
Imaginez de telles émissions en France ! Qu’une église proche de la secte vienne utiliser les moyens de la construction de la réalité télévisuelle pour vous amener à croire et pour enrôler des fidèles ! Ce serait un vrai scandale. C’est dans cet écart tangible entre le consensus des uns et les impossibilités des autres que se font sentir les vraies différences culturelles…
Il y a quelques jours, j'ai entendu à la radio (Europe 1 ou France Inter), une psychanalyste qui répondait doctement, au journal de 7h, sur la conduite à tenir avec ses enfants par rapport à la télévision. Rien de tel pour se réveiller que d'entendre aux infos quelqu'un qui assène avec autorité des propos absolument contestables. Voici donc ce que conseillait l'auteur de Psychanalyse de la télévision aux parents: que les enfants ne regardent pas la télé le matin et qu'ils la regardent en rentrant de l'école. Pourquoi cette interdiction le matin? Parce que, disait-elle, selon des professeurs, les enfants continuent à en parler à l'école ou à y penser...
Outre que l'argument se fonde sur des propos rapportés invérifiables et que l'on se demande par quel prodige on sait ce qu'il y a dans la tête des enfants, ces propos sont très révélateurs des condamnations de la télé par les psys. On s'en prend au média sans savoir ce que sont vraiment les programmes à cette heure matinale, si les programmes sont les mêmes sur toutes les chaînes, etc. Or, si notre psy avait un tant soit peu d'intérêt pour la tv, son jugement serait peut-être différent. J'ai pu montré, avec ma collègue Marie-France Chambat-Houillon, que, au contraire, la tranche du matin d'une chaîne comme TF1 remplit une fonction évidente de réveil de l'enfant et de socialisation progressive.
Je reproduis ici quelques lignes de cette analyse déjà parues:
2003 : “ Parents-enfants : regards croisés sur les dessins animés ” (en collaboration avec Marie-France Chambat-Houillon), Informations sociales n°111, L’enfant, le jeune et me monde audiovisuel, Caisse nationale des Allocations familiales, novembre, p. 62-71.
En début de programmation, les univers proposés dans les dessins animés sont très éloignés de notre réalité. Dans Bambou et Cie, un groupe d'amis animaux (raton-laveur, renard et panda) mène une enquête policière pour démanteler un trafic de perroquets. Dans ce monde, les héros animaux se parlent, se comprennent et agissent comme des êtres humains. Deux filiations permettent d'accroître la nature "fictionnelle" de ce monde : un clin d'œil à la série policière est réalisé à travers les vêtements de Bambou qui porte imper et chapeau mou, et la présence d'un dragon, grâce auquel les amis peuvent se déplacer, renvoie au merveilleux. Certes, si l'iconicité générale du dessin s'inscrit dans la perspective d'une analogie fondant l'illusion réaliste, le contenu proposé est résolument tourné vers un monde de fantaisie. Cette construction de mondes éloignés de la réalité continue avec Dinos Juniors, qui raconte les petites misères d'une bande de jeunes dinosaures s'amusant comme le feraient des enfants, dans un lieu plus proche d'un éden fantaisiste aux couleurs irréalistes (le ciel est jaune, le sol est bleu) qu'une véritable forêt du crétacée. D'un côté des Dinos, dessinés tout en rondeur et parés de couleurs vives, de l'autre le caractère anthropomorphique de leurs actions (cueillir des fleurs, inventer des histoires, jouer avec des cailloux…) font que ce dessin animé construit un monde ouvertement fictif.
Avec Franklin, un tournant dans la programmation s'opère. Elle s'éloigne des mondes imaginaires pour se rapprocher du réel. Dans ce dessin animé, bien que les personnages soient encore des animaux, le graphisme les sépare de ceux de Bambou et Cie ou encore de Dinos Juniors. Alors que les premiers renvoyaient plus à des personnages en peluche qu'à des êtres vivants et que le référent des dinosaures était plutôt à rechercher dans l'univers du jouet que du côté des visions des spécialistes, ici, l'ours Martin, l'ami de Franklin, a comme modèle l'ours véritable. De même que le modèle de tortue qui a inspiré la silhouette de Franklin n'est pas un jouet en plastique, mais est bel et bien le vrai "reptile tétrapode archaïque caractérisé par une carapace dorsale et ventrale " ( Hachette). Il en est ainsi pour tous les personnages de l'histoire. En termes de représentations animales Franklin se démarque des dessins animés précédents. Mais si ce choix réaliste pour les personnages est fondamental, il ne suffit pas à comprendre comment ce dessin animé est à ranger du côté des fictions "naturalisantes".
Nous devons également tenir compte des postulats de la collection Franklin. Franklin propose un univers polarisé entre le monde scolaire et la cellule familiale. L'entre-deux est un espace réservé à la sociabilité, plus précisément aux relations entre amis. A chaque situation, Franklin et ses amis, doivent faire l'apprentissage des règles et intérioriser la nécessité de l'autorité. C'est une donnée récurrente à la collection, une sorte d'horizon "moral" surplombant toutes les actions singulières des épisodes. La cohérence de la fiction doublée par un récit unitaire privilégiant fortement la causalité (selon la loi que toute action a des conséquences) fait que le monde de Franklin est à l'image de celui que nous, parents, voudrions pour nos enfants, où tout est prétexte à l'apprentissage, où tout est objet de connaissance comme nous l'exprime clairement une voix off présente à tous les génériques : "Franklin savait compter deux par deux et lacer ses chaussures".
Au terme de la tranche horaire retenue, le dernier dessin animé de TF1 se rapproche encore de notre monde. Les aventures des Petites Crapules ne mettent plus en scène des animaux, mais des enfants avec une famille. La fiction ne s'appuie plus sur des attributs magiques ou merveilleux, mais construit une vision "naturaliste" des réalités enfantines avec, encore une fois, la présence de deux univers, famille et école, dans lesquels les personnages doivent assimiler les règles pour bien se conduire. La fiction épouse les contours et les "principes" de la réalité.
La programmation de TF1 n'est donc pas une succession arbitraire de dessins animés. Elle construit un sens. De la fiction la plus fantaisiste, elle mène les enfants vers leur réalité, ici, en l'occurrence, celle de l'école. Cette programmation construit un parcours qui aide les enfants à quitter l'univers du sommeil, celui des rêves où tout est possible, pour le monde vigile, où doit régner la raison comme en témoignent les derniers dessins animés dominés par les représentations du quotidien et les leçons de vie. Ce faisant, la programmation accompagne le cheminement psychologique demandé aux enfants le matin. "
Comme on voit, la condamnation a priori de la télé par notre psy bloque son accès aux programmes et l'empêche de comprendre leur action réelle sur le jeune spectateur. Mais il y a plus.... Suivons son conseil et mettons nos enfants devant la télé à 17h, quand ils rentrent de l'école... Aujourd'hui: TF1, mon incroyable fiancé; FR2: JA. RESUME :
Toujours sous le choc de la mort de Webb, Mac apprend de la bouche d'un certain Tanveer qu'un tueur à gages a pour mission de supprimer tous les collaborateurs de Webb. Malgré le danger, elle décide d'enquêter sur la mort de son ami. M6: c'est du propre...
Somme toute, notre psy conseille aux parents de mettre leurs enfants devant la télé-réalité uptodate plutôt que devant des dessins animés qui sont faits pour eux...
Un conseil à ceux qui parlent de la télé: regardez-là, étudiez les programmes et la programmation avant de d'ériger vos convictions en ordre du monde...
Septembre 2005
J'ai été récemment interviewé par l'Humanité sur ce que je pensais du service public et sur ce qu'il devrait être (en ce jour où Patrick de Carolis présentait sa politique pour France Télévision) (http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-09-03/2005-09-03-813341). Depuis, je regarde les chaînes du groupe avec un peu plus d'attention encore. Une chose m'apparaît que j'ai oublié de signaler.
Depuis quelque temps, il n'est pas un jour sans que l'on voie apparaître sur les écrans de France 2 des vedettes de TF1: vendredi dernier, c'étair Rafaël dans On a tout essayé. Vous ne connaissez pas? Moi non plus. C'est un candidat de la saison passée de Koh-Lanta connu pour sa façon d'être. Il est venu expliquer qu'une fois il avait mangé des coquillages qu'un ami avait vomi, qu'il s'était tapé toutes les femmes de son immeuble... et beaucoup d'autres choses essentielles. France 2 se vante d'avoir chassé la télé-réalité. Peut-être par la porte, mais elle revient par la fenêtre! Samedi: Ardisson reçoit Arthur, qui va faire le Cirque d'hiver. Il s'est découvert des talents de comique et angoisse parce que deux jours seulement de location sont complets.... Le service public doit-il voler à son secours? Dimanche, Drucker reçoit Chazal (Claire, pas le frère), parce que l'invité est Torreton, son "fiancé". France 2 a l'esprit... Public, la revue, pas le service.
Trois intrusion de TF1 sur France 2 en trois jours. La stratégie du Cheval de Troie marche au-delà de toute espérance. France2 se fait vampiriser lentement par sa rivale... Voici un chantier intéressant pour M. de Carolis.

La télévision est sans doute le seul média qui mobilise quotidiennement l’attention de tous les autres. Si, dans les années 50, les téléspectateurs, encore peu nombreux, devaient chercher dans leur magazine de radio la demi-page consacrée aux émissions de télévision, aujourd’hui la presse écrite comme les radios attirent les lecteurs ou les auditeurs en leur proposant des rubriques, des suppléments ou des émissions commentant les programmes télévisés à venir, l’audience de ceux de la veille ou les introduisant dans les « coulisses » de tel ou tel programme de télé-réalité. Certaines émissions de télévision se proposent même de s’arrêter sur l’image pour mieux comprendre la façon dont la réalité est construite par l’information.
Mais, qu’est-ce que comprendre la télévision ? Est-ce enquêter dans le milieu professionnel pour apprendre comment on fait une émission ? Est-ce dépouiller les archives écrites des chaînes, étudier le système des lois et des textes qui régulent la vie des chaînes ? Démonter les mécanismes économiques ou s’en tenir, plus simplement, à l’étude des programmes ? En fait, dans l’idéal, ce devrait être tout cela à la fois. Les débats sur la qualité des programmes, par exemple, qui peuplent les discussions privées et focalisent tous les reproches adressés périodiquement à ce média, tournent à vide s’ils ne prennent en compte à la fois les contraintes données extrêmement diverses : obligations de la chaîne par rapport à son Cahier des charges, nature de la chaîne (public ou privée), place de l’émission dans la grille et, bien sûr, définition des critères de ce qu’on entend par qualité.
Face à cette multiplicité des approches, faut-il choisir ? D’autant que toutes sont parfaitement légitimes et qu’il faudrait en ajouter encore quelques autres comme l’histoire, les programmes n’apparaissant pas, comme on veut nous le faire croire parfois, par des ruptures brusques, mais plutôt par des transformations progressives de formats et de dispositifs. Néanmoins, on ne peut se contenter d’énumérer les méthodes spécifiques de ces approches sans montrer le parti que l’on peut tirer de leur association dans l’analyse. Ce livre prend donc d’abord le parti du téléspectateur. La question qui le guide, d’un bout à l’autre de ses, pages est celle-ci : de quoi avons-nous besoin pour comprendre le pourquoi et le comment des programmes que nous voyons ? Comment aller au-delà de ce que nous voyons et entendons dans le petit écran pour mettre au jour la logique qui pousse les chaînes à proposer telle émission à telle heure et le téléspectateur à la regarder ? Les réponses à ces questions, on le verra, sont à chercher dans diverses directions, l’unité de la démarche venant de l’objet étudié, le programme. En quoi les arcanes de la télévision nous intéresseraient-ils, en effet, si elle n’était d’abord un média qui apporte des contenus audiovisuels à domicile ?