Le "reaction cut", une affaire de morale
À ceux qui se demandent si l'on a raison de fixer des règles aussi tâtillonnes au débat des finalistes de la présidentielle, la retransmission de la soirée électorale du premier tour des législatives a répondu à sa manière.
Lâchez les réalisateurs, enlevez leur toute contrainte et vous voyez ce que devient l'objectivité... Si le travelling est une affaire de morale, selon le mot célèbre de Rivette, les "reaction cut", improprement appelés par les médias "plans de coupe", le sont tout autant. À cet égard, le réalisateur de la soirée électorale de France 2 a montré que tous les candidats aux législatives n'étaient pas égaux devant le traitement de l'image.
La déclaration de François Hollande fut ponctuée à trois reprises par des "reaction cuts" dont je retiendrai deux : d'abord Jean-François Coppé exprimant clairement sa désapprobation par des moues et des mots que nous n'entendions pas, ensuite Dominique Strauss-Kahn: la mine réjouie du "camarade" du premier secrétaire contrastait évidemment avec la mine défaite de celui-ci... à tel point qu'il la corrigea immédiatement quand il se vit dans l'écran de contrôle, reprenant une tête de circonstance. Mais le mal était fait et il avait été saisi avec dextérité apr le réalisateur: même au PS, on se moquait de François Hollande...
Bayrou, lui, fut sèchement remis à sa place: tandis qu'il dissertait sur le manque de représentativité du scrution, le résultat du MODEM, 7,8%, dévaluait d'un coup ses propos. Quand Fillion parla, le réalisateur se ressaisit... on n'interrompt pas le Premier ministre de la France, même par un plan de coupe! Aucune réaction ne vint contrarier son discours.
En quelques plans, le réalisateur de France 2 avait montré où, désormais, se trouvait le pouvoir.... un pouvoir monolithique que rien ne saurait entamer, même pas un "reaction cut".