Le Donor Show et les mensonges de la télévision
Comment parler de la télévision ? La récente affaire du Donor show m’inspire quelques réflexions à ce sujet…
Tout le monde a entendu parler de ce show devant mettre en scène sur la télévision hollandaise une malade en phase terminal sommée de choisir à quelle candidate elle devrait donner un de ses reins… Depuis quelques jours, en effet, tous les médias en parlent et j’ai contribué à ce tourbillon médiatique, donnant des interviews chaque jour en direct ou non…
Ce matin, à mon réveil, un message de France Info pour m’avertir de l’imposture de la BBN et d’Endemol. Petite cause, grands effets…. Que faire des 8 minutes que nous avions enregistrées pour le Retour sur info d’Ariane Bouissou et dans lequel on se demandait jusqu’où irait la télé-réalité ? L’interview n’avait plus de sens… Il fallait la refaire… Que dire de celles données en direct ?
Je m’en veux car, au fond, j’ai été victime de l’agenda médiatique et je n’ai pas su y résister. Pourtant, le soupçon du mensonge m’avait effleuré, comme en 1989, en voyant les images du faux charnier de Timisoara. Alors pourquoi je ne l’ai pas dit ? Parce qu’il est quasiment impossible de répondre à autre chose que ce qu’on vous demande. Et ce qu’on voulait entendre alors était d’une autre nature, on voulait répondre à la question des limites. « Jusqu’où ? ». Imaginons que j’aie répondu (j’y ai pensé un moment) : « on ne peut rien dire pour le moment, attendez que l’émission ait lieu » ou « ne confondez pas émission et promesse d’émission ». On aurait tout de suite été interviewer un autre spécialiste, qui, lui, se serait prêté au jeu. En sorte que, dans un tel cas, il est impossible de faire passer dans l’espace public un simple principe de précaution comme « wait and see ».
Jusqu’où ira la télé-réalité ? Elle ira jusqu’où les médias lui permettront d’aller en propageant ses promesses. Dans un monde où la multiplication des chaînes est indéfinie, la seule façon de se faire entendre est de créer un scandale. Maintenant tout le monde sait que BBN existe… Notre seule façon de résister est de ne pas parler des faits, c’est-à-dire en l’occurrence des émissions, avant qu’elles aient eu lieu.